Publié le 15 septembre 2026 Mis à jour le 15 septembre 2026

Comment améliorer la gestion des digues et des infrastructures urbaines face au vieillissement des ouvrages, aux contraintes budgétaires et aux risques liés au changement climatique ? C'est l'ambition du projet national DIBIM, coordonné avec la participation de Polytech Clermont. Ce projet de recherche développe une approche collaborative fondée sur le partage et la structuration des données pour aider les gestionnaires à prendre de meilleures décisions.

   
Une approche collaborative pour gérer des infrastructures interconnectées

Les infrastructures urbaines interconnectées jouent un rôle essentiel dans le maintien des fonctions vitales de nos sociétés. Routes, réseaux d'eau et d'assainissement, digues et végétation forment un ensemble complexe dont les interactions physiques et fonctionnelles sont encore insuffisamment prises en compte dans les stratégies de gestion.
 
Aujourd'hui, chaque infrastructure est généralement gérée de manière indépendante. Cette organisation peut limiter la capacité des gestionnaires à anticiper les risques et à optimiser leurs décisions, notamment dans un contexte de contraction des budgets des collectivités, de vieillissement des ouvrages et d'évolution des conditions climatiques.
 
C'est dans ce contexte que s'inscrit le projet DIBIM. Son objectif est de proposer une approche collaborative pour la gestion des digues interconnectées aux infrastructures urbaines et à la végétation, en intégrant les dimensions techniques et économiques des décisions de gestion.
  
Le projet est porté par une équipe pluridisciplinaire réunissant six laboratoires de recherche : l'Institut Pascal et le LAPSCO, à l'Université Clermont Auvergne et au CNRS, RECOVER et SAGE à INRAE, Lab'URBA à l'Université Gustave Eiffel – EIVP, ainsi que RIME à l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue.
  
À Polytech Clermont, les travaux sont notamment menés par Aurélie Talon, enseignante-chercheuse et ingénieure diplômée de l'école, dont les recherches portent sur l'aide à la décision pour la gestion, l'exploitation et la maintenance des constructions.

Le BIM et les données au service de la prise de décision

Pour répondre à ces enjeux, le projet DIBIM mobilise plusieurs technologies complémentaires.
  
Le BIM (Building Information Modeling) constitue l'un des piliers de cette approche. Il désigne un ensemble de processus collaboratifs permettant d'alimenter des maquettes numériques tout au long du cycle de vie des ouvrages. Ces maquettes regroupent à la fois des informations géométriques et sémantiques, offrant ainsi une vision structurée et partagée des infrastructures.
  
Le projet s'appuie également sur les Systèmes d'Information Géographique (SIG), qui permettent de recueillir, stocker, analyser et représenter des données géographiques sur une carte.
 
Ces outils seront associés à une plateforme collaborative destinée à centraliser et partager les informations et les maquettes numériques entre les différents gestionnaires, avec des droits d'accès adaptés aux besoins de chacun.
  
À terme, le projet explore également la notion de jumeau numérique : une réplique virtuelle et dynamique d'un objet, d'un système ou d'un territoire physique, actualisée grâce aux données issues de capteurs et, potentiellement, de l'intelligence artificielle. Ces technologies pourraient contribuer à améliorer l'aide à la décision des gestionnaires et, à plus long terme, permettre d'agir plus directement sur les systèmes réels.

Comprendre les interactions pour mieux anticiper les risques

L'un des enjeux scientifiques majeurs du projet consiste à mieux comprendre le fonctionnement et les dysfonctionnements des digues lorsqu'elles sont en interaction avec leur environnement urbain et naturel.
  
Les chercheurs s'intéressent notamment aux conséquences techniques et économiques des différentes décisions de gestion, ainsi qu'à l'évolution dans le temps des infrastructures et de leur environnement.
  
Le projet vise également à identifier les pratiques actuelles des gestionnaires, leurs attentes vis-à-vis d'une approche collaborative et les éventuels freins à l'adoption de nouveaux outils de partage des données.
  
Ces travaux permettront de formuler des lignes directrices pour améliorer les pratiques de gestion, tout en réfléchissant à l'échelle la plus pertinente pour prendre les décisions. Selon les situations, une analyse globale à l'aide d'un SIG ou une approche plus locale fondée sur le BIM pourra être privilégiée, dans une perspective de sobriété numérique.

Une recherche menée au plus près des gestionnaires de digues

Le projet DIBIM bénéficie du soutien de l'association nationale des gestionnaires de digues France Digues, ainsi que de cinq gestionnaires : EP Loire, le Conseil départemental du Val-de-Marne (CD94), le SDEA, le SYMADREM et le SYMBHI.
  
Ce partenariat avec les acteurs de terrain permet de s'assurer que les travaux répondent aux besoins réels de la profession et que les résultats développés pourront être diffusés et utilisés au-delà du projet de recherche.
  
Au total, l'équipe mobilise aujourd'hui sept enseignants-chercheurs, trois ingénieurs de recherche, trois ingénieurs, un doctorant, une post-doctorante et six stagiaires.

Vers une plateforme collaborative dédiée à la gestion des digues

L'un des principaux résultats attendus du projet est la mise à disposition d'un prototype de plateforme collaborative permettant de formater, capitaliser et partager les données et informations nécessaires à la gestion des digues.
  
Plusieurs étapes importantes sont prévues au cours des prochaines années :

  • Décembre 2026 : développement d'un outil d'automatisation de la représentation en 3D des digues ;
  • Décembre 2026 : mise en place d'un réseau collaboratif et analyse de l'acceptabilité du partage d'informations ;
  • Juin 2027 : définition d'un format d'échange commun (IFC) pour la gestion des digues ;
  • Décembre 2027 : développement d'indicateurs de performance techniques et économiques ;
  • Janvier 2028 : première version de la plateforme collaborative ;
  • Août 2028 : analyse des tests utilisateurs de la plateforme développée.

Un projet national pour accompagner l'adaptation au changement climatique

Le projet DIBIM s'inscrit pleinement dans les enjeux de transition et d'adaptation au changement climatique. Les digues seront en effet amenées à être davantage sollicitées face à l'évolution des événements climatiques et aux risques associés.
  
En favorisant le travail collaboratif entre les différents acteurs chargés de la gestion des infrastructures, le projet ambitionne de contribuer à une gestion plus cohérente, plus efficace et plus durable des territoires.
  
À l'issue du projet, prévue en décembre 2028, les résultats ont vocation à être déployés auprès de l'ensemble des gestionnaires de digues en France, à très court terme.
  
À travers DIBIM, Polytech Clermont participe ainsi à une recherche appliquée au service des infrastructures et des territoires, en mobilisant les compétences de ses enseignants-chercheurs autour d'un enjeu majeur pour l'avenir : mieux anticiper les risques et construire des modes de gestion adaptés aux défis du changement climatique.


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