NODSSUM : une mission scientifique au cœur des abysses pour mieux comprendre l’impact des déchets radioactifs
Polytech Clermont s’inscrit dans un projet scientifique international d’envergure : la mission NODSSUM, principalement portée par le CNRS. Objectif : cartographier et analyser des fûts de déchets radioactifs immergés dans l’Atlantique Nord, afin de mieux comprendre leur impact sur l’environnement et les écosystèmes marins.
Explorer les fonds marins pour répondre à un enjeu majeur
Entre les années 1950 et 1980, des centaines de milliers de conteneurs de déchets radioactifs ont été immergés dans les profondeurs de l’Atlantique Nord-Est. Aujourd’hui, leur état de dégradation et leur impact radiologique restent encore largement méconnus.
La mission NODSSUM (Nuclear Ocean Dump Site Survey Monitoring), principalement portée par le CNRS, vise à combler ce manque de connaissances grâce à deux campagnes océanographiques d’un mois. La première s’est tenue en 2025, tandis que la seconde débutera fin mai 2026.
Au sein de ce projet : Jonathan LAO, enseignant-chercheur de Polytech Clermont, contribue à la radioprotection et aux mesures de radioactivité. Son rôle : analyser, dès leur remontée à bord, des échantillons d’eau, de sédiments et d’organismes marins prélevés à proximité des fûts, afin d’en évaluer les niveaux de radioactivité.
Des technologies de pointe pour explorer les abysses
Accéder à ces sites situés à près de 5 000 mètres de profondeur nécessite des technologies de très haut niveau.
Lors de la campagne 2025, les chercheurs ont utilisé le sous-marin autonome ULYX, équipé d’un sonar haute résolution capable de cartographier de vastes zones avec une précision de quelques centimètres. Cette technologie a permis de cartographier 165 km² de fonds marins et d’identifier plusieurs milliers de fûts, tout en documentant leur état et leur environnement.
La prochaine campagne mobilisera le sous-marin habité NAUTILE, permettant des observations directes et des prélèvements au plus près des fûts.
Une collaboration scientifique internationale
Le projet NODSSUM s’appuie sur une coopération multidisciplinaire et internationale, pilotée notamment par le CNRS, et réunissant :
- des organismes de recherche majeurs comme le CNRS, l’IFREMER ou l’IN2P3
- des laboratoires académiques français et internationaux
- des acteurs opérationnels spécialisés dans les environnements marins profonds
- des institutions impliquées dans la radioprotection
La mission est notamment coordonnée par plusieurs responsables scientifiques, dont Patrick Chardon, ingénieur de recherche au Laboratoire de Physique de Clermont et ancien étudiant de Polytech Tours.
Polytech Clermont y est représentée à travers la participation d’un enseignant-chercheur et l’implication ponctuelle d’étudiants ingénieurs en Génie Physique.
Former des ingénieurs au croisement des disciplines
Ce projet illustre l’approche pédagogique de Polytech Clermont : former des ingénieurs capables d’évoluer à l’interface de plusieurs domaines scientifiques.
Physique, chimie, biologie, instrumentation, traitement de données complexes ou encore enjeux environnementaux : NODSSUM mobilise des compétences variées, en lien direct avec les formations de l’école.
Deux étudiants en Génie Physique ont d’ailleurs contribué au projet à travers des travaux bibliographiques sur l’historique des sites d’immersion, participant ainsi à la préparation scientifique des campagnes.
Un double enjeu : scientifique et sociétal
Les objectifs de la mission sont multiples :
- Scientifiques : mieux comprendre le comportement des radionucléides en milieu océanique profond, leur interaction avec les écosystèmes et combler un déficit important de données sur ces zones encore peu explorées
- Environnementaux et sociétaux : fournir des données fiables aux autorités pour évaluer les risques et garantir la transparence auprès des citoyens et des professionnels concernés
Cette recherche contribue également à une meilleure connaissance des fonds marins, dont moins de 10 % ont été cartographiés avec des technologies modernes.
Des perspectives à l’échelle mondiale
Les sites d’immersion de déchets radioactifs ne se limitent pas à l’Atlantique Nord : on en trouve également en mer du Nord, en Arctique et dans le Pacifique.
Les méthodes développées dans le cadre de NODSSUM ont vocation à être réutilisées sur d’autres sites, mais aussi dans d’autres environnements extrêmes, comme les cheminées hydrothermales ou les zones riches en nodules polymétalliques.
Prochaine étape : la campagne 2026
La seconde campagne océanographique se déroulera du 27 mai au 29 juin 2026, à 1 600 km des côtes françaises.
Au programme : une vingtaine de plongées avec le sous-marin NAUTILE, permettant des observations inédites des grands fonds marins. Une expérience exceptionnelle pour les chercheurs impliqués, qui rejoindront le cercle très restreint des explorateurs des abysses.
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