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Le 9 sept. 2026
La science au service du patrimoine
Publié le 9 septembre 2026 – Mis à jour le 9 septembre 2026
Comment l'instrumentation scientifique peut-elle contribuer à la préservation d’une œuvre parmi les plus célèbres au monde ? À Polytech Clermont, les compétences développées autour des systèmes de mesure et du suivi des structures trouvent aujourd’hui une application exceptionnelle : participer à l’amélioration du suivi scientifique du panneau de bois sur lequel est peinte la Joconde.
Une rencontre entre recherche et patrimoine
À l’origine de cette collaboration, il y a une rencontre scientifique. Depuis plusieurs années, Gaël Godi, ingénieur en techniques expérimentales et responsable technique de la plateforme d’essais Matériaux et Structures pour le Génie Civil (MSGC), travaille sur des projets de recherche consacrés aux matériaux et aux structures en bois pour le bâtiment, aux côtés de plusieurs chercheurs, dont Joseph Gril, directeur de recherche CNRS.
Depuis plus de vingt ans, Joseph Gril coordonne une équipe scientifique chargée par le musée du Louvre du suivi de la conservation préventive du panneau de peuplier sur lequel est peinte la Joconde. En 2022, il propose à Gaël Godi de rejoindre cette équipe pluridisciplinaire, composée de scientifiques et de conservateurs basés à Clermont-Ferrand, Paris, Florence, Poitiers et Montpellier.
« Une amélioration du système de mesure installé derrière le tableau a été engagée en 2022. J’ai pu mettre à profit mon savoir-faire dans les systèmes d’instrumentation pour ce projet particulièrement intéressant et exceptionnel », explique ce dernier.
Un système de mesure pour suivre l’évolution du panneau
Comme de nombreux tableaux de son époque, la Joconde est peinte sur un panneau de peuplier. Et le bois réagit naturellement aux variations de température et d’humidité de l’air en se déformant. Le panneau présente également une fissure ancienne datant du XVIᵉ siècle et qui fait l’objet d’une attention particulière.
Le système de mesure installé sur l’œuvre permet de suivre les déformations du panneau ainsi que les efforts exercés par son cadre. Le travail de Gaël Godi a consisté à en développer une nouvelle version offrant plusieurs améliorations : une meilleure précision, une utilisation simplifiée, et un accès aux mesures en temps réel et en continu.
Désormais, les travaux portent principalement sur l’exploitation de ces données en les associant à un modèle numérique du tableau. L’objectif est de mettre en relation les observations réalisées sur l’œuvre avec la simulation numérique afin d’apporter des éléments d’aide au suivi de son état de conservation et de son évolution.
Un défi scientifique hors du commun
Intervenir sur une œuvre aussi emblématique représente une responsabilité particulière.
« Il faut que tout soit parfait, et du premier coup », souligne Gaël Godi. « Lorsque l’on réalise des interventions sur ce tableau ou que l’on développe un nouveau système de mesure, il n’y a pas le droit à l’erreur. »
Cette exigence impose une préparation minutieuse de chaque intervention. Malgré des délais souvent contraints, ce contexte constitue avant tout un défi scientifique et technique qui pousse à anticiper les difficultés et à concevoir des solutions robustes.
Chaque année, l’équipe participe aux opérations de suivi organisées autour de l’œuvre, lors desquelles le tableau est exceptionnellement sorti de sa vitrine et de son cadre afin de réaliser les différentes interventions prévues.
Une technologie aux nombreuses applications
Si cette instrumentation contribue aujourd’hui au suivi d’une œuvre patrimoniale majeure, les technologies développées trouvent également des applications dans de nombreux autres domaines.
Depuis une dizaine d’années, Gaël Godi développe des systèmes de monitoring destinés au suivi mécanique et hygrothermique de bâtiments et d’ouvrages. Ce type de dispositifs permet de mieux évaluer l’état de santé des structures. Ils sont désormais utilisés sur certains ponts, pour des bâtiments récents ainsi que pour le suivi d’édifices patrimoniaux tels que des châteaux ou des églises.
Dans le domaine du patrimoine artistique, ce type de capteurs reste encore récent, mais son utilisation se développera dans les années à venir.
Au sein de Polytech Clermont et de l’Université Clermont Auvergne, ce projet a déjà permis de concevoir des systèmes de mesure dérivés, adaptés à d’autres usages. Ils sont à ce stade utilisés aussi bien pour la recherche, dans le suivi de structures de bâtiments, que pour l’enseignement, en équipant des bancs d’essais du département Génie Civil.
Au-delà de cette application emblématique, ces développements illustrent la capacité des équipes de recherche de Polytech Clermont à transférer leurs compétences vers des domaines variés, en mettant l’innovation technologique au service de problématiques concrètes, qu’elles concernent le patrimoine, les infrastructures ou la formation des futurs ingénieurs.